L’aspiration à la parentalité est un remaniement psychique qui opère depuis l’enfance.
La maternité va représenter chez la femme à en devenir le point nodal entre l’alliance, la conception et la filiation humaine opérant le transfert sacré des impuretés de la sexualité.
L’attente…
Le processus de devenir mère passe par une crise où les fondations oedipiennes sont fortement remaniées de manière singulière.
« On peut donc considérer que mystiquement, la terre appartient aux femmes : elles ont une emprise à la fois religieuse et légale sur la glèbe et ses fruits » (Héritier, 2002).
L’attente …
Lors de la grossesse, la femme projette une part de son monde psychique sur la présence de ce bébé encore invisible. Puis elle est confrontée à l’opinion des autres. Des manifestations variées lui rappellent les impératifs de sa famille, de son monde social, des valeurs de sa culture d’origine parfois mêlées à sa culture actuelle.
L’attente…
La perte périnatale d’une grossesse est fréquente. Elle survient dans près d’un quart des grossesses et entraîne un travail de deuil particulier qui consiste au détachement à un enfant en devenir dont le processus d’investissement était en cours. Le développement du fœtus dans la pensée de la mère ne s’appuie pas toujours sur le rythme physiologique. La perte entraîne des symptômes anxieux, dépressifs ou de stress traumatique pour ces femmes. Il peut avoir des conséquences sur le vécu de la grossesse suivante, sur les attitudes parentales et l’enfant à venir.
Le vide et la culpabilité que peut entraîner une grossesse interrompue s’accompagne de sentiments divers de choc, de solitude, de peur, de chagrin, de colère, de traumatisme, d’injustice, de dévastation, de dysphorie, de honte, d’amputation, d’échec, d’inquiétude ou de vulnérabilité et blessure narcissique.
La signification de la perte est très variable selon les femmes et au cours du temps. Son impact psychologique diffère selon les femmes car il repose sur l’histoire singulière de chaque femme. Le vécu de la grossesse puise dans la culture d’appartenance et la culture environnementale qui sont fortement à prendre en compte lors de l’accompagnement psychologique. L’accompagnement thérapeutique reposera aussi sur la remise en confiance d’une situation familière qui semble s’effondrer comme une rupture de la continuité intergénérationnelle de mère en fille… C’est là que la méthode analytique trouve sa pertinence afin de saisir les indices des fantasmes pour les analyser et les interpréter.
L’attente…
Le travail de deuil est impérieux lors de l’expérience de la fausse couche. D’un côté, il faut éviter de donner lieu à une problématique d’enfant de remplacement qui apparaît pour rétablir la progression du développement en ayant un autre bébé pour assurer son rôle de parent. Lors de la prise en charge, l’accent va être mis sur la reconnaissance des émotions douloureuses des femmes et la transmission des informations sur les points communs de cette expérience, connaître les causes, la fréquence et les réactions qui surviennent sous le prisme de leur individualité. De l’autre, le travail repose sur le doute qui apparaît comme angoisse de la puissance des idées destructrices, doutant de sa capacité à créer du vrai.
Les parents endeuillés se retrouvent confrontés à une crise identitaire émanant de la grossesse avec ses remaniements psychiques, à la réactivation de la conflictualité infantile et à la crise de la perte. Ce qui est perdu est mal connu, davantage ressenti, imaginé et fantasmé. La perte de l’enfant peut activer des conflits antérieurs non résolus, en lien avec l’ambivalence de la mère avec sa propre mère ou en rapport avec des questions de séparation-individuation.
La grossesse réalise des ambitions narcissiques cruciales car elle favorise le sentiment de toute-puissance (acte de création), en affirmant sa féminité ou en servant de défense contre l’angoisse de la mort grâce au sentiment d’immortalité réalisé par la perpétuation de l’espèce. La perte périnatale n’est pas seulement une perte objectale.
L’attente…
Cette douleur intense va maintenir le lien au bébé disparu en rendant le présent absent. Cette douleur psychique s’accompagne des sensations inesthétiques de vide. Les modifications corporelles de la grossesse persistent telle une trace indélébile.
La perte périnatale, bien que fréquente, demeure une expérience douloureuse pour les femmes dont les difficultés rencontrées se doivent d’être reconnues de manière singulière par l’apport d’informations précises et la prise en compte de l’histoire individuelle.
À travers la plate-forme multidisciplinaire Still Mom, les femmes se voient offrir l’opportunité de traverser leurs expériences en accordant une attention particulière à leur singularité.
Sur cette plate-forme, nous tendons l’oreille à cette douleur et cette souffrance des femmes qui leur font dire qu’elles perdent un partie d’elles-mêmes.
Licensed Clinical Psychologist, focusing on finding meaning and power in loss.
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7 commentaires
Fiona Ramiandrisoa
INCROYABLE cet article !
Litho Shaïna
Incroyablement fière de toi !
Super article !
Inmaculada
La perte d’un bebe , laisse un vide est les femmes en general ne sont pas de suivis psycologique. J’avais fait une fausse couche a presque 3 mois de grosses , la gynecologue a fait juste le suivis physique mais en aucun cas a demande mon etat psycologique.
Naomi NZIMBI
Un article superbement bien rédigé. Bravo très fière de toi !
Benedicte Fwelo
Très souvent les femmes n’obtiennent aucun suivi psychologique après la perte d’un enfant. J’ai apprécié lire cet article. Très bien rédigé. Félicitations Madeleine!! Proud of you!! Keep up the good work!!
Mahelia Mumengi
Merci infiniment pour cet article .
Muanga ndona emilienne
J’adore très bonne analyse